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Stéphanie Brosse-Verbiest

Le Point – Peut-on mettre brutalement un terme à ses relations commerciales ?

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Comment sortir de la crise ? Alors que l’économie française tente d’encaisser les effets du coronavirus, des centaines de questions se posent aux entreprises : chômage partiel, congés, télétravail, contrats impossibles à honorer, responsabilité des entreprises face au risque sanitaire, versement des payes, etc. Pour vous aider à traverser cette période, Le Point a noué un partenariat avec les Soldats du droit, un collectif d’avocats créé par Me Céline Astolfe, du cabinet Lombard Baratelli & associés.

 

Le Point du 15.05.2020, Peut-on mettre brutalement un terme à ses relations commerciales

 

Les Soldats du droit

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Le Point – Soldats du droit – Je ne peux honorer un contrat : comment faire pour ne pas plomber mon entreprise ?

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En partenariat avec les Soldats du droit, un collectif d’avocats chevronnés, « Le Point » vous aide à traverser la crise.
Aujourd’hui : les cas de force majeure.

Céline Astolfe

Publié le 06/04/2020 à 13:30 | Le Point.fr

Comment sortir de la crise ? Alors que l’économie française tente d’encaisser les effets du coronavirus, à commencer par le confinement, des centaines de questions se posent aux entreprises : chômage partiel, congés, télétravail, contrats impossibles à honorer, responsabilité des entreprises face au risque sanitaire, versement des payes, etc. Pour vous aider à traverser cette période, Le Point a noué un partenariat avec les Soldats du droit, un collectif d’avocats créé par Me Céline Astolfe, du cabinet Lombard Baratelli & associés.

Chaque semaine, des fiscalistes, civilistes, spécialistes du droit commercial, du droit du travail et du droit pénal des affaires, parmi les plus pointus de leur profession, s’appuieront sur leur expérience et des cas concrets pour nous prodiguer leurs conseils.

Me Astolfe ouvre aujourd’hui le bal : comment sortir d’un contrat mis en péril par le coronavirus, sans plomber son entreprise ?

Le 28 février 2020, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a annoncé que l’épidémie de Covid-19 serait considérée comme un cas de force majeure. Si la force majeure est en effet un motif permettant de s’exonérer de ses obligations contractuelles, les déclarations du ministre de l’Économie ne pourront toutefois être invoquées que dans les contrats de droit public auxquels l’État est partie prenante. Dans les autres cas, comment pouvez-vous vous délier de vos obligations contractuelles ?

Le 1er réflexe : vérifier ce que dit votre contrat !

La première chose à faire est de vérifier si votre contrat stipule une clause de force majeure, et plus précisément :

  • Les cas visés par la clause (par exemple, si la clause prévoit les hypothèses d’épidémie ou de décision d’autorité publique, elle pourra aisément être invoquée dans le contexte du Covid-19). Dans les autres cas, il pourra être nécessaire d’apprécier la portée de la clause.
  • Les conditions formelles de mise en œuvre de la clause (par exemple, l’envoi d’un courrier recommandé avec accusé de réception dans un certain délai). Si ces conditions ne sont pas respectées, alors vous ne pourrez pas vous prévaloir de la clause.
  • Les effets prévus contractuellement : il peut s’agir des mêmes effets que ceux prévus par la loi. Mais si d’autres effets sont prévus, alors ils s’appliqueront également.

Et si je ne suis pas protégé par le contrat, que dit la loi ?

Dans le silence du contrat, il demeure possible de vous délier de vos obligations contractuelles en invoquant la force majeure. La force majeure est prévue à l’article 1218 du Code civil. Il s’agit d’« un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées », de sorte que cet événement empêche l’exécution de son obligation par le débiteur.

Attention : le caractère inédit du Covid-19 et les risques sanitaires qu’il fait courir n’impliquent pas automatiquement qu’il constitue un cas de force majeure vous permettant d’échapper à l’exécution de vos obligations. La force majeure s’apprécie au cas par cas, en fonction du type de contrat, des obligations visées.

Quelques exemples

La Cour d’appel de Paris a pu considérer, concernant le virus Ebola, que le caractère avéré de l’épidémie qui a frappé l’Afrique de l’Ouest à partir du mois de décembre 2013, même à le considérer comme un cas de force majeure, ne suffit pas à établir ipso facto que la baisse de trésorerie d’une société lui serait imputable (Cour d’appel de Paris, 17 mars 2016, n° 15/04263).

La Cour d’appel de Basse-Terre a pu considérer qu’en dépit de ses caractéristiques (douleurs articulaires, fièvre, céphalées, fatigue…), le virus du chikungunya ne remplissait pas les critères d’imprévisibilité compte tenu de sa prévalence dans l’arc antillais et singulièrement sur l’île de Saint-Barthélemy courant 2013-2014, ni d’irrésistible puisque, dans tous les cas, cette maladie soulagée par des antalgiques était généralement surmontable (Cour d’appel de Basse-Terre, 1re chambre, 17 décembre 2018, n° 17/00739).

La Cour d’appel de Besançon a considéré que l’épidémie de grippe H1N1 ne remplissait pas le critère d’imprévisibilité puisque « largement annoncée et prévue », l’entreprise pouvait raisonnablement l’anticiper (Cour d’appel de Besançon, 8 janvier 2014, n° 12/02291).

Vous devez donc vérifier si le Covid-19 remplit pour vous les conditions de la force majeure

– L’extériorité

On peut s’accorder à dire que cette condition ne devrait pas poser de difficulté dans l’hypothèse du Covid-19. A priori, les parties au contrat n’ont en effet aucun contrôle sur l’épidémie et les mesures prises par les autorités étatiques pour prévenir la propagation du virus.

– L’imprévisibilité

Elle suppose qu’à la date de conclusion du contrat – c’est-à-dire de signature, vous ne pouviez raisonnablement envisager que l’épidémie vous empêcherait d’exécuter normalement vos obligations. C’est une affaire de date et le juge est seul maître dans le choix de la date à retenir. Cela étant, certaines dates peuvent servir de repères. Décembre 2019 marque le début de l’épidémie de Covid-19 en Chine. Le 30 janvier 2020, l’OMS qualifie l’épidémie d’« urgence de santé publique de portée internationale ». Un mois plus tard, en février 2020, le virus se propage en Europe (Italie, France, Espagne…). Le 28 février 2020 : le ministre de l’Économie fait une annonce sur l’impact du coronavirus sur les contrats économiques. Le 9 mars 2020 : arrêté interdisant les rassemblements de plus de 1 000 personnes. Le 13 mars 2020 : arrêté interdisant les rassemblements de plus de 100 personnes. Le 15 mars 2020 : arrêté interdisant l’accueil du public des établissements non nécessaires à la vie de la nation. Et enfin, le 16 mars 2020 : décret n° 2020 2020-260 portant réglementation des déplacements dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus Covid-19. C’est le confinement.

– L’irrésistibilité

Elle suppose une impossibilité absolue d’exécuter le contrat. Si l’exécution de l’obligation demeure possible, même à des conditions ruineuses, il n’y aura pas de force majeure. Il vous faut constituer un dossier solide démontrant à partir d’un faisceau d’indices que vous avez tout mis en œuvre pour trouver des solutions alternatives pour exécuter vos obligations.

Pour ce dernier point, quelques exemples : j’ai donné en location une salle pour un séminaire. Puis-je invoquer la force majeure pour échapper à mon obligation de délivrance ? Il sera tenu compte des mesures prises par les autorités publiques en matière de liberté d’entreprendre, de circulation ou de réunion. Vous pouvez être face à une impossibilité juridique. Mais attention, il faudra une nouvelle fois faire attention aux dates. Par exemple, si la location porte sur une salle de 20 personnes prévue le 14 mars 2020 alors qu’à cette date seuls les rassemblements de plus de 100 personnes étaient interdits, il sera difficile d’invoquer la force majeure.

Quels vont être les effets de la force majeure ?

Si le Covid-19 remplit pour vous les conditions de la force majeure, plusieurs effets sont possibles

– La suspension du contrat

L’épidémie aura une fin. Il se peut donc que l’empêchement vous poussant à ne pas vous exécuter ne soit que temporaire. Dans ce cas, le contrat est simplement suspendu sans qu’il ne puisse vous être reproché de ne pas avoir exécuté et sans que des pénalités ne puissent vous être appliquées. Exemple : j’ai souscrit un abonnement dans une salle de sport. Dois-je continuer à payer mon abonnement alors que je ne peux plus m’y rendre ? Non, l’abonnement avec votre salle de sport est en principe suspendu. Toutefois, il faut vérifier que les conditions générales de cette dernière ne stipulent pas une clause spécifique qui prévoirait, par exemple, l’hypothèse d’une fermeture temporaire de la salle de sport sur décision de l’autorité publique.

– La résolution du contrat

Si votre empêchement est définitif, alors votre contrat est résolu de plein droit, sans que l’intervention d’un juge soit nécessaire. C’est également le cas si l’empêchement est temporaire mais qu’il rend inutile la prestation. Il en ira ainsi, par exemple, d’une prestation devant être accomplie à date fixe – et empêchée par le cas de force majeure, ou bien de la livraison de produits périssables. Dans le cas d’une résolution, les parties doivent être remises dans l’état qui était le leur avant la conclusion du contrat. Cela signifie notamment que les acomptes ou arrhes que vous auriez reçus doivent être restitués. Il convient également de noter qu’aucune rupture de relations commerciales établies ne saurait vous être reprochée en cas de force majeure.

Exemples :

J’ai commandé des tissus pour la production de ma collection printemps-été, mais mon fournisseur a été contraint de suspendre ses livraisons. Puis-je demander la résiliation du contrat dans la mesure où je ne serai pas livrée en temps et en heure ? Oui, si à la date à laquelle il pourra reprendre ses livraisons les tissus seront devenus inutiles.
Je suis restaurateur. Mes fournisseurs continuent de me livrer alors que je suis contraint de fermer mon restaurant. Puis-je invoquer la force majeure pour ne plus les payer ? Non, car la force majeure ne peut être utilisée que s’il vous incombe d’accomplir une prestation, si vous en étiez le débiteur, et que vous en êtes empêché. Vous ne sauriez donc vous en prévaloir si vous devez uniquement payer le prix d’une prestation, alors que votre débiteur peut l’accomplir.
Mon traiteur m’a livré ses produits pour mon mariage qui a eu lieu le 14 mars alors que j’ai dû annuler la réception. Dois-je quand même le payer ? En principe, oui, car il ne vous est pas possible d’invoquer la force majeure dans la mesure où ce n’est pas à vous qu’il incombait d’accomplir une prestation. Les restrictions de déplacement n’étant pas en vigueur au 14 mars, votre traiteur a pu vous livrer, peu importe que vous ayez dû annuler votre mariage, car les cérémonies de plus de 100 personnes étaient alors interdites.

Et concrètement ? Il convient de ne pas oublier que les contrats sont gouvernés, de bout en bout, par les principes de loyauté et de bonne foi. Ainsi, si vous pensez être empêché d’exécuter vos obligations en raison d’un cas de force majeure, vous devez en informer votre cocontractant afin de lui indiquer l’événement qui vous empêche d’exécuter et lui expliquer concrètement en quoi il vous est impossible d’exécuter votre obligation.

Quelles sont vos alternatives si vous ne remplissez pas les conditions de la force majeure ?

Deux solutions juridiques pourraient permettre de se soustraire à ses obligations, ou du moins d’en assouplir la force obligatoire. Il s’agit de la caducité et de l’imprévision.

– La caducité

Prévue par l’article 1186 du Code civil, elle pourrait permettre de se sortir d’affaire dans l’hypothèse précédemment évoquée d’un mariage. Il s’agit en effet d’affirmer qu’un élément essentiel et déterminant à la conclusion de votre contrat a disparu en cours de route. En l’espèce, vous pourriez affirmer que vous n’avez contracté avec votre traiteur que parce que vous alliez vous marier. Étant désormais dans l’impossibilité de vous marier, le contrat ne saurait survivre. Et concrètement ? Concrètement, il serait préférable de négocier avec votre traiteur pour lui expliquer votre situation et évoquer l’hypothèse d’une résolution amiable. En effet, la caducité ne pourra être constatée que par un juge et, dans les conditions actuelles, il vous faudra attendre de longs mois avant d’obtenir d’un magistrat qu’il déclare votre contrat caduc.

– L’imprévision

Avant toute chose, il vous faut à nouveau vérifier dans votre contrat que l’hypothèse de l’imprévision n’est pas écartée par une clause, devenue de style depuis quelques années. Par ailleurs, avant de vous en prévaloir, il conviendra de vérifier que votre contrat a bien été conclu postérieurement au 1er octobre 2016, car avant cette date l’imprévision n’existait pas, légalement du moins. Aux termes de l’article 1195 du Code civil, l’imprévision vise un « changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion du contrat [et qui en] rend l’exécution excessivement onéreuse pour une partie ». Autrement dit, les conditions de l’imprévision sont plus souples que celles de la force majeure : il vous suffira d’établir que l’exécution est devenue excessivement onéreuse et non plus radicalement impossible. L’imprévision va alors vous permettre de demander à votre cocontractant une renégociation des conditions de votre contrat.

Contrairement à la force majeure, il est impératif que vous continuiez à exécuter le contrat tant qu’un accord ou une décision du juge n’est pas intervenu. À défaut, votre responsabilité pourra être recherchée, ce qui signifie que vous pourrez être condamné au paiement de dommages et intérêts. En cas de refus ou d’échec de la renégociation, vous pourrez convenir avec votre contractant de la résolution du contrat, à la date et aux conditions que vous déterminerez. Vous pourrez également demander d’un commun accord au juge de procéder à l’adaptation du contrat. À défaut d’accord dans un délai raisonnable, le juge pourra, à votre demande ou celle de votre contractant réviser le contrat ou y mettre fin, à la date et aux conditions qu’il fixera.

En conclusion, face au Covid-19, les cocontractants doivent eux aussi adopter des réflexes : analyser le contrat et leur situation propre avant d’invoquer la force majeure, et privilégier le dialogue, tout en respectant les distances bien sûr !

*Me Céline Astolfe, du cabinet Lombard Baratelli & associés

 

Les Soldats du droit

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Maître Céline Astolfe, fondatrice des soldats du droit

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Coronavirus : des avocats se mobilisent pour répondre aux questions des particuliers et des entreprises pendant la crise sanitaire

Malgré le confinement décrété pour lutter contre le coronavirus, la justice continue de fonctionner. Les avocats proposent des consultations via internet et mettent en place des dispositifs spéciaux.

Ils sont sur le front depuis la maison. Les avocats proposent leurs services sous une autre forme pendant la crise sanitaire liée au coronavirus. Ainsi, le Conseil national des barreaux (CNB), lance, du 24 mars au 6 avril, l’opération spéciale “Avocats solidaires”. “L’occasion de mettre à disposition des particuliers et des entreprises l’expertise des avocats volontaires pour répondre aux nombreuses interrogations liées à la crise Covid-19“, précise le CNB dans un communiqué, lundi 30 mars.

Concrètement, particuliers et professionnels (TPE, PME, artisans, commerçants…) peuvent se rendre sur le site avocat.fr pour prendre rendez-vous. Un avocat spécialisé les rappelle sous 24 heures. L’échange téléphonique de 30 minutes est gratuit. Droit de la famille, mesures économiques pour les entreprises, aides sociales, droit du travail, chômage partiel ou technique, rupture de contrats… Les domaines de compétences sont larges, en fonction des besoins liés à l’activité.

“Tout un contentieux naissant”

Dans le même esprit, les “Soldats du droit” répondent aux questions des particuliers et professionnels depuis une dizaine de jours. “Il y a tout un contentieux naissant auquel il faut faire face en un temps record”, explique à franceinfo l’avocate Céline Astolfe, une des fondatrices de ce groupe de volontaires. Elle coordonne et oriente les demandes vers ses pairs, en fonction de leur nature. L’idée est de “partager et d’unir” les forces dans le contexte de crise, en outrepassant la concurrence entre cabinets et en proposant des tarifs préférentiels.

En dix jours, les “Soldats du droit” ont reçu un peu plus de 100 sollicitations. “C’est très varié. Cela va de la demande sur le voyage annulé aux conseils demandés par des sociétés qui battent de l’aile avec la crise économique, en passant par l’action en responsabilité de l’Etat, à laquelle réfléchissent des familles de victimes du Covid-19”, énumère Céline Astolfe.

D’autres initiatives ont vu le jour un peu partout en France, par exemple au barreau de Coutances-Avranches (Manche), de Nantes (Loire-Atlantique) ou encore au Mans (Sarthe), rapporte Ouest-France. Les avocats du barreau de Paris proposent depuis le 26 mars des consultations juridiques en ligne et des permanences téléphoniques gratuites.

Source : France Info

Maître Céline Astolfe au procès Le Scouarnec

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Quand Laura Temperault dépose plainte à la gendarmerie de Jonzac (Charente-Maritime), le 25 avril 2017, celle-ci ignore encore que sa fille de 6 ans va mettre au jour l’une des plus importantes affaires de pédophilie en France. La veille, Lucie (le prénom a été changé) a confié à ses parents avoir vu le « zizi » du voisin, puis mimé les gestes qu’il l’aurait contrainte à faire à travers le grillage.

Le voisin en question, c’est Joël Le Scouarnec, chirurgien digestif un peu taciturne mais apprécié à l’hôpital pour ses qualités professionnelles. « Parce qu’il était médecin, personne n’a longtemps voulu nous croire à Jonzac », se souvient avec amertume Laura Temperault. Les enquêteurs, eux, comprennent vite qu’ils sont face à un profil hors normes : en perquisition, ils ont retrouvé des supports numériques et des carnets manuscrits comportant des dizaines de noms d’enfants, filles et garçons, assortis de commentaires sur ce que le chirurgien leur aurait fait subir. Une sinistre comptabilité qui porterait à 349 le nombre de ses victimes potentielles, abusées au fil de trente ans de carrière dans les hôpitaux de Loches (Indre-et-Loire), Vannes, et Lorient (Morbihan) Quimperlé (Finistère) et Jonzac.

En attendant la clôture de l’instruction dans ce volet, l’ex-chirurgien de 69 ans comparaît à partir de ce vendredi et pour trois jours aux assises de la Charente-Maritime pour une première série de faits. L’audience, qui se tient à huis clos à la demande de trois des quatre victimes, concerne des viols et agressions sexuelles commises sur Lucie et trois jeunes femmes alors mineures : deux de ses nièces ainsi qu’une jeune patiente hospitalisée en 1998 pour une pancréatite aiguë. Pour trois autres, les faits sont aujourd’hui prescrits.

Pédophile assumé et compulsif -il possédait plus de 300 000 images pédopornographiques et avait été condamné pour cela en 2005- Joël Le Scouarnec n’a pour l’heure reconnu que des agressions sexuelles. « Il a fait beaucoup de mal autour de lui et il en a conscience, mais il conteste les viols », confirme son avocat, Me Thibaut Kurzawa.

De quoi soulever la colère des parents de Lucie, qui « espèrent qu’il sera enfin poussé dans ses retranchements », insiste leur conseil Me Francesca Satta. « L’un des enjeux de ce procès sera aussi de comprendre comment il a pu exercer autant d’années, sans que le monde médical, informé de cette condamnation, ne prenne la moindre mesure », souligne Me Céline Astolfe. L’avocate de la Fondation pour l’enfance, partie civile, s’émeut d’une forme de banalisation de la détention d’images pédopornographiques « qu’on ne peut par principe décorréler d’un passage à l’acte. Derrière chacun de ces clichés il y a aussi de vrais enfants, et des violences commises. »

Lire la suite sur Le Parisien.fr

Maître Céline Astolfe demande la publicité des débats au procès Le Scouarnec

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“La raison de ce huis clos n’est pas le manque de courage. C’est simplement l’application de la loi.” La voix d’Isabelle Fachaux, la présidente de la cour d’assises de Charente-Maritime, résonne jusque dans le hall du palais de justice. Elle vient de prononcer le huis clos total pour le procès de Joël Le Scouarnec. Le “chirurgien de Jonzac” est jugé à partir du vendredi 13 mars pour des viols et/ou des agressions sexuelles sur quatre mineures dans ce premier volet de l’une des plus vastes affaires de pédocriminalité en France. Le public et les journalistes récupèrent à la hâte leurs affaires. Puis les portes se referment. Ce que dira l’accusé restera entre les murs de la salle.

Une heure plus tôt, Joël Le Scouarnec, crâne dégarni couronné de cheveux blancs, lunettes fines sur le nez, a pris place dans le box des accusés, vêtu d’un long manteau noir. Invité à décliner son identité, il mentionne son ancienne profession, “chirurgien”, et sa résidence, “maison d’arrêt de Saintes”, où il est en détention provisoire depuis trois ans, “et, avant, Jonzac”. Il s’assoit et ôte son manteau. D’un regard perçant, avec une expression fermée, il scrute lentement chaque visage de l’assistance. Pédophile assumé, il “entend s’exprimer librement”, assure son avocat. Pour cette raison, Thibaut Kurzawa demande la tenue d’un procès à huis clos, sans jamais prononcer clairement le mot.

“La publicité des débats lui ferait plaisir”

Car le huis clos total, c’est aussi et surtout une requête de trois parties civiles : deux nièces de l’ancien chirurgien digestif et une ancienne patiente âgée de 4 ans au moment des faits. “Ce n’est pas faire le jeu de Joël Le Scouarnec que d’interdire la publicité des débats, au contraire”, plaide Delphine Driguez, conseil des deux nièces. Elles sont arrivées en dissimulant leur visage derrière leurs vestes. Leur avocate demande le huis clos en raison de “l’âge” de ses clientes – elles étaient mineures au moment des faits –, la “nature des faits [de viol]”, “la pudeur” et les clichés “insoutenables” qu’elles ont découverts dans le dossier. Leur oncle est accusé d’avoir profité de leur sommeil pour commettre des agressions sexuelles et s’être pris en photo pendant les actes. “En plus d’être pédophile, Joël Le Scouarnec était exhibitionniste, insiste Delphine Driguez. La publicité des débats lui ferait plaisir.”

Huis clos total, partiel ou publicité des débats : la question n’est pas tranchée pour les associations de protection de l’enfance, parties civiles au procès. Pour Céline Astolfe, qui défend la Fondation pour l’Enfance, “il est capital de laisser ouvertes les portes des prétoires”. Au contraire, Marie Grimaud, qui représente l’association Innocence en danger, demande un huis clos total “pour la sérénité des débats”. Quant à l’avocat général, Mathieu Auriol, il souhaite autoriser les familles des plaignants à assister à l’audience “en soutien”. En revanche, il ne croit pas “que le huis clos autorisé aux médias soit constructif pour la recherche de la vérité”.

Francesca Satta n’est pas de cet avis. L’avocate des parents de Lucie*, la petite voisine de Joël Le Scouarnec à Jonzac, qui dénonce un viol à travers la clôture mitoyenne, réclame un huis clos partiel. Selon elle, il s’agirait d’un “bon compromis” pour assurer à la fois “une transparence de la justice” et “permettre que les secrets de certaines dépositions puissent être respectés”. “Ce silence lui a profité pendant des années”, lance-t-elle en direction de l’accusé assis en face. Depuis les bancs des parties civiles, elle se définit comme “la voix de ses clients” : “Ils ressentent une douleur terrible et en ont assez de ce silence qui dure.” Et qui va perdurer, puisque c’est finalement sans presse, ni public, que la cour va se pencher jusqu’au mardi 17 mars sur ces quatre cas.

“Je veux leur dire que le monsieur est méchant”

Ecœurés, les parents de Lucie ont quitté l’audience après la décision sur le huis clos. “On est encore en train de couvrir Le Scouarnec”, déclare le père de la fillette. Attablé à la terrasse d’un café en face du palais de justice, il se dit “vexé de la justice, à qui [il] ne fai[t] plus confiance”. “J’ai une petite fille qui pleure parce qu’elle sait qu’il y a un procès. Elle me dit ‘je veux y aller, leur dire que le monsieur est méchant’. Une petite fille de 9 ans a ce courage, malheureusement sa femme, à son âge, ne l’a pas”, regrette avec une grande amertume Jérôme Loiseau.

Car ni l’épouse de Joël Le Scouarnec, dont il est séparé, ni l’un de ses fils, qui devaient témoigner, ne sont finalement présents. La femme de l’accusé a produit un certificat médical. La présidente de la cour d’assises a demandé une expertise pour vérifier qu’elle était réellement souffrante. Le père de Lucie aurait aimé “que l’omerta familiale soit dénoncée”. “Est-ce que sa femme était au courant dès le départ ?” La question reste en suspens, autant pour Jérôme Loiseau que pour sa fille, qui “attend des réponses”.

“Comprendre comment il en est arrivé là”

Les perquisitions ont révélé des milliers de documents informatiques du chirurgien, dont un journal intime, commencé en 1990. Dans son carnet, il décrit de possibles abus, ce qui a permis d’identifier à ce jour 349 victimes potentielles. Ces cas font l’objet d’autres investigations et ne seront pas abordés à Saintes. Vendredi, la cour d’assises de Charente-Maritime a commencé par l’examen de la personnalité de l’accusé. Une experte psychiatre a été entendue dans la matinée, la sœur de Joël Le Scouarnec dans l’après-midi.

“C’est un petit malin. Sa personnalité, on l’a tous comprise. De toute façon, ce mec n’est rien”, raille Jérôme Loiseau. Malgré l’appel de son avocate, lui n’est pas revenu assister aux débats, contrairement à sa compagne. “Joël Le Scouarnec aborde cette audience avec un peu de stress, de l’anxiété, mais en même temps la patience de s’exprimer, de s’expliquer et de donner des éléments de réponse à ses victimes. Mais aussi de comprendre comment il en est arrivé là”, a assuré l’avocat de l’accusé avant la reprise de l’audience, vers 15 heures. Dans ce premier procès, l’ancien chirurgien encourt vingt ans de réclusion criminelle.

* Le prénom a été changé

Lire l’article sur France Info

Maître Céline Astolfe défend la Fondation pour l’Enfance au procès Le Scouarnec

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Le procès de l’ex-chirurgien se tiendra derrière des portes closes. Le huis clos total a été prononcé ce vendredi 13 mars dans la matinée. À Saintes (Charente-Maritime), jusqu’au 17 mars, il est jugé pour des agressions et viols sur quatre mineures.

Sans surprise et sans même se retirer pour délibérer, la cour d’assises de Charente-Maritime a prononcé ce vendredi 13 mars, dans la matinée, le huis clos total pour le procès de Joël Le Scouarnec. Cet ex-chirurgien de 69 ans va donc être jugé à l’abri du public et de la presse, jusqu’au 17 mars, pour des agressions sexuelles, viols et exhibition sexuelle commis sur quatre mineures : deux nièces, une jeune voisine et une jeune patiente. Il va aussi être jugé en récidive pour détention d’images pédopornographiques, un délit pour lequel il a déjà été condamné à quatre mois de prison avec sursis, à Vannes, en 2005.

Il est par ailleurs soupçonné d’avoir abusé de 349 victimes tout au long de sa carrière professionnelle. Ce second volet de l’affaire fait actuellement l’objet d’une enquête préliminaire à Lorient (Morbihan).

Sur la question du huis clos, les différentes parties étaient partagées. Me Driguez, l’avocate des deux nièces – les filles de la sœur de Joël Le Scouarnec, que ce dernier aurait agressées entre 1989 et 1999, alors qu’elles étaient âgées de 3 à 9 ans – a sollicité le huis clos total : Par pudeur pour mes clientes. Je vais devoir montrer des photos insoutenables. En plus, je pense que la publicité des débats pourrait lui (l’accusé, N.D.L.R.) procurer un certain plaisir. Mes clientes veulent pouvoir s’exprimer librement, sans gêne.

Céline Astolfe, avocate de la Fondation pour l’enfance, avec Me Driguez, qui soutient l’ex-femme de Joël Le Scouarnec (à droite). | MARC OLLIVIER/OUEST-FRANCE

Sans surprise et sans même se retirer pour délibérer, la cour d’assises de Charente-Maritime a prononcé ce vendredi 13 mars, dans la matinée, le huis clos total pour le procès de Joël Le Scouarnec. Cet ex-chirurgien de 69 ans va donc être jugé à l’abri du public et de la presse, jusqu’au 17 mars, pour des agressions sexuelles, viols et exhibition sexuelle commis sur quatre mineures : deux nièces, une jeune voisine et une jeune patiente. Il va aussi être jugé en récidive pour détention d’images pédopornographiques, un délit pour lequel il a déjà été condamné à quatre mois de prison avec sursis, à Vannes, en 2005.

Il est par ailleurs soupçonné d’avoir abusé de 349 victimes tout au long de sa carrière professionnelle. Ce second volet de l’affaire fait actuellement l’objet d’une enquête préliminaire à Lorient (Morbihan).

Sur la question du huis clos, les différentes parties étaient partagées. Me Driguez, l’avocate des deux nièces – les filles de la sœur de Joël Le Scouarnec, que ce dernier aurait agressées entre 1989 et 1999, alors qu’elles étaient âgées de 3 à 9 ans – a sollicité le huis clos total : Par pudeur pour mes clientes. Je vais devoir montrer des photos insoutenables. En plus, je pense que la publicité des débats pourrait lui (l’accusé, N.D.L.R.) procurer un certain plaisir. Mes clientes veulent pouvoir s’exprimer librement, sans gêne.

« Le seul moyen d’obtenir la vérité »

Sans surprise également, le procureur, Mathieu Auriol, a aussi requis le huis clos total : Nous sommes face à une pression médiatique qui peut être nuisible. De manière plus étonnante, Me Grimaud, l’avocate de l’association Innocence en danger, a, elle aussi, souhaité que la salle d’audience soit close : C’est le seul moyen, au regard de la personnalité de Joël Le Scouarnec, d’obtenir une vérité.

En revanche, Me Satta qui défend les anciens voisins de Joël Le Scouarnec, dont la fille a permis de révéler l’affaire, aurait préféré un huis clos partiel, c’est-à-dire ouvert à la presse : Le public a aussi besoin de se forger une opinion. Ce huis clos partiel éviterait de faire perdurer un silence qui a profité durant tant d’années à l’accusé. Ce sera en effet l’un des enjeux de ce procès : déterminer qui dans la famille de ce chirurgien connaissait ses tendances pédophiles. Qui savait aussi parmi les instances ordinales ?

Source : Ouest-France Pierrick BAUDAIS. Publié le 13/03/2020 à 11h33